L'ASSOCIATION

L’ASSOCIATION DES INONDABLES DES TROIS RIVIERES :

Créée en 2000, Madame ANGEBAULT en fut la présidente et fondatrice, encouragée par Madame BACHELOT.

Présidents suivants : André MARCHAND , André GRAZELIE.

Elle a pour but de représenter et défendre les riverains inondés des rivières Loir, Sarthe et Mayenne, avec une localisation qui correspond aux Basses Vallées Angevines.

Elle a été amenée à participer à de nombreuses assemblées et réunions de travail, auprès de l’Etablissement Public Loire, des SAGE et est régulièrement consultée dans les études et les projets d’aménagement.

Les associations voisines : CADVIL sur le Loir, ADSPQI sur la Sarthe au Mans et ADIPS à Sablé sur Sarthe.

Habiter en zone inondable ?



Lors d'une réunion sur les Territoires à Risques d'Inondation, on m’a demandé d’intervenir pour donner un « ressenti » en qualité d’habitant d’un village inondable ; Cheffes est à 20km au nord d’Angers, sur le bord de la Sarthe l’été, mais l’hiver au cœur de cette grande plaine inondée des Basses Vallées Angevines. Soixante mètres de large au beau temps, trois kilomètres en temps humide.
C’est une zone de montée lente des eaux, souvent de 2 à 3 cm par heure, sans courant violent. L’inondation dure de quelques jours à une bonne semaine.
Les crues ordinaires qui reviennent tous les trois ou quatre ans inondent une dizaine de maisons, les grandes crues trentenales ou centenales la quasi totalité du bourg.

La crue est inscrite dans la vie du village ; on y vit avec la crue.
Nos grands parents disaient : « On a eu l’eau grande en 1910 ».
C’était un temps difficile, une gêne et une source d’inconfort.
Jusqu’en 1995 on n'a pas parlé de « catastrophe ». Parce que la crue jusqu’alors avait été vivable, c’était un moment à part, que les gens savaient gérer à leur façon.

En temps d’eau grande..
Dans la mesure du possible, la vie continue, les commerces sont actifs ; on se marie, on vote, on se retrouve en bottes, en barque. Le temps se déroule autrement, les artisans s’arrêtent et participent à l’entraide qui se développe spontanément.
Des générations se sont succédées en gardant le souvenir de moments conviviaux, partagés dans un événement exceptionnel et au bout du compte fédérateur de la vie du village.

La crue de 1977 amena un élément de discorde : on avait pensé les inondations terminées avec les travaux et des aménagements de la Loire…
De nouveaux habitants se sont sentis trompés parce qu’on les avait laissés bâtir des pavillons qui se retrouvaient inondés à peine aménagés.
L’application plus stricte des cotes de construction a ramené par la suite les niveaux au dessus des plus hautes eaux connues alors (1910) . Les habitations récemment bâties n’ont pas été inondées en 1982.

Cependant les temps avaient changé et on a ressenti les nouvelles contraintes dues au changement de mode de vie : la difficulté des déplacements, du stationnement des voitures, comment les rejoindre dans l’inondation, alors que l’on perd la pratique de la barque ou l’usage des cuissardes ; une dépendance croissante aussi à l’alimentation en électricité, au téléphone ou au chauffage.

La crue de 1995, imprévisible, a dépassé les capacités des bénévoles du village. Les pompiers volontaires s’y sont épuisés. Pour la première fois des aides extérieures sont intervenues, souvent ressenties comme inadaptées par leur méconnaissance des habitudes et la démesure des moyens mis en œuvre : évacuation non préparée, déménagements abandonnés, survol abrutissant d’un hélicoptère, présence de militaires et de gendarmes interdisant tout accès et déplacement dans le village. Les aides financières elles-mêmes ont fait naître des sentiments d’inégalité.

De telles mesures, si elles sont nécessaires peuvent et doivent être préparées, communiquées pour ne pas être ressenties comme brutales et choquantes.
Le retour d’expérience a permis en 1999-2000 de retrouver une ambiance plus humaine.

Pour préparer la prochaine …

Il faut réussir à informer correctement les nouveaux arrivants, propriétaires et locataires, ceux qui n’ont pas déjà vécu ce phénomène.

En général les acquéreurs sont prévenus, mais sans insister, et il est quelquefois délicat de fournir les photos, les niveaux de référence, les pratiques nécessaires pour s’installer sans faire d’erreur technique et pour garantir une durabilité du matériel. Beaucoup de jeunes travaillent par eux mêmes à l’aménagement de leur maison.

Les proverbes étaient clairs autrefois :
«  Si tu achètes une maison à Cheffes, achète aussi un bateau… »
« Quand la future mariée prépare son trousseau, elle peut prévoir une paire de draps en moins, mais une paire de bottes en plus ! »
C’est moins simple aujourd’hui.

Le contact est à privilégier, le bain associatif du village amène souvent des échanges et des rencontres amicales qui évoquent en souriant les futures inondations.
Etudes, projections, simulations ne donnent que peu d’espoir de voir diminuer le risque : réduire la vulnérabilité est un objectif prioritaire. Les aides proposées ne suscitent que peu de candidatures pour de nouveaux aménagements ; l’habitat ancien est déjà partiellement adapté.

Jusqu’ici, on a insisté sur la responsabilisation des particuliers dans leurs travaux de rénovation ou les projets de construction.
Mais il reste à trouver un moyen efficace pour que les services et les entreprises qui travaillent en zone inondable soient en permanence informés des niveaux à respecter et d’une exigence qui leur échappe totalement : la population a l’intention de vivre sur place malgré l’inondation. Une véritable incompréhension se manifeste : les techniciens assurent que leur matériel installé ne craint pas l’inondation, ils ne se préoccupent pas de savoir s’il reste fonctionnel à des niveaux où il est encore acceptable de vivre dans le village.

Faute de prise en compte de cette exigence, de nombreux habitants seront privés très tôt d’électricité et devront quitter leur habitation. Or, il est fondamental pour limiter les dégâts de conserver sur place les personnes valides et physiquement aptes à déménager et à prendre les précautions nécessaires en temps d’inondation. Les conséquences matérielles, les pollutions et les oublis de sécurisation vont se multiplier en absence des habitants qui seront amenés à quitter leur domicile de plus en plus tôt, et à revenir de plus en plus tard, retardant ainsi le retour à la vie normale.


Un nouveau risque se profile, dû à un manque de compréhension et de vigilance dans les réalisations nouvelles, parce qu’on semble préférer l’évacuation des populations à une vie sur place qui jusqu'à aujourd'hui n’a fait aucune victime mais a toujours amené les habitants à se prendre en charge plutôt qu’à attendre passivement de l’aide.
Entre services administratifs, municipalité et habitants, un cahier des charges doit être défini, adapté aux contraintes locales, définissant un niveau considéré comme habitable sans danger, mais qui assure l’alimentation en énergie et en communications (téléphone, internet…)
Un affichage permanent est à prévoir dans les locaux techniques et les boîtiers, avec des informations nécessaires aux travaux ( niveaux, contraintes techniques..)


Si nos grands parents ne demandaient de compte à personne et ne recherchaient pas d’autres responsables que les caprices de la nature, aujourd’hui les contraintes d’assurances, de financements bancaires, de responsabilités réglementaires amèneront des réactions plus complexes et vraisemblablement plus douloureuses pour tous.

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